"L'internationale" de la télévision.

Publié le par Sacha Dratwa


En matière d’internationalisation de l’offre télévisuelle, la télé-réalité possède comme spécificité de proposer des « produits télévisés en devenir » puisqu’elle fonctionne sur l’exportation de formats et non de « programmes prêts à consommer ». En dépit de cette particularité qui permet de nombreuses adaptations locales, beaucoup voient encore dans ce genre télévisuel un danger d’uniformisation culturelle et dénoncent régulièrement à travers lui le règne implacable et ravageur des industries culturelles. Ceci est symptomatique d’une méconnaissance du degré de variabilité des productions télévisuelles d’un pays à l’autre. C’est négliger qu’« en ces temps dits de mondialisation généralisée, la télévision demeure une pratique culturelle, ancrée dans des traditions nationales, toujours placée sous la contrainte des normes discursives, communicationnelles et sociales qui lui donnent des visages à chaque fois singuliers.» (Lochard et Soulez, 2003 : 6) En ce qui concerne la télé-réalité, s’il existe bien une standardisation des « contenants », autrement dit de ses concepts, il semble bien exagéré de conclure définitivement à une homogénéisation des « contenus ». La comparaison des premières saisons de l’émission Big Brother dans plusieurs pays nous montre comment le format d’une émission de télé-réalité a priori homogénéisant s’avère au final extrêmement flexible et révélateur de la diversité culturelle des pays. Il existe une dynamique commune qui permet à l’émission de s’internationaliser et une variation évidente des conditions de production et des cadres culturels d’interprétation quand bien même le format initial comporte tous les attributs des industries culturelles.

1. Big Brother : un produit type des industries culturelles 

Big Brother est un format d’émission dont la vocation est de s’exporter le plus massivement possible. D’ailleurs, il n’aura pas fallu plus de quatre ans pour que l’émission s’implante dans une cinquantaine de pays et devienne le fer de lance de l’entreprise Endemol. Il est vrai qu’avec la présence de ce même programme d’un coin à l’autre du globe, il est tentant de voir des signes d’homogénéisation culturelle. A ce titre, F. Jost constate de nombreuses similitudes entre les différentes versions de Big Brother alors qu’aux dires des téléspectateurs des divers pays en question, chacun a cru assister à une édition proprement unique de l’émission. D’un pays à l’autre, les candidats se ressemblent : l’une présente un passé sulfureux, l’autre est en réalité mère de famille alors que le règlement l’interdit, l’autre encore est homosexuel. 

« Français, Espagnols ou Portugais racontent à peu près la même histoire, sans avoir conscience qu'elle a été livrée au producteur local avec le dispositif transnational qu'on lui a vendu! En fait de réalité, c'est un produit hyper formaté qui est donné à voir au téléspectateur. » (Jost, 2002b) 

De toute évidence, la télé-réalité fonctionne sur une forme de standardisation et de sérialisation propres aux industries culturelles et il est vrai que tous les produits qui en possèdent le label sont rarement bien accueillis par la critique. La télé-réalité est ainsi largement décriée : souvent condamnée par avance, elle est si mal perçue que peu sont enclins à voir en elle son degré de variabilité. Pourtant, même si Big Brother est formaté, les émissions diffèrent d’un pays à l’autre, à la fois d’un point de vue de la production et de la réception. 
 


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