Jour d'anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz.

Publié le par Sacha Dratwa

27 Janvier, mémoire internationale de la Shoah ?
Par le Dr Israël Lichtenstein .
Mardi 27 janvier 2009 à 19:10



Le 27 Janvier, jour anniversaire de la libération par l'Armée rouge du camp d'Auschwitz est la journée choisie par l'ONU pour commémorer la barbarie nazie dans son stade le plus élaboré. Il existait pourtant déjà une journée de commémoration, le jour de la Shoah "Yom Hashoah", dont la particularité, inacceptable pour l'ONU et la majorité de ses membres, était non pas son antériorité, mais son caractère juif et surtout israélien. Ce jour me parait devoir permettre quelques mises au point.

C'est en tant que président d'Aloumim, l'Association israélienne des enfants juifs cachés en France pendant la Shoah, que je m'accorde le droit de rappeler quelques faits et vérités. L 'association « Aloumim » est de création relativement récente. En 1993, certains d'entre nous peut-être parce qu'ils étaient au seuil de la retraite, ont éprouvé le besoin de se retrouver, de se rencontrer, de se raconter. Il est alors apparu que bien que nos histoires fussent toutes différentes les unes des autres, elles n'en obéissaient pas moins à un schéma commun dont un élément en particulier était fort apparent, la séparation. 

Séparation de La famille, de la normalité de la vie, de la sécurité personnelle, de la liberté. Ces différents hiatus, ces ruptures, ne pouvaient être innocents. Gravés dans les profondeurs, enfouis dans les scories de l'âme, ils ne sont apparus à la conscience que sur le tard. Sous-tendant la vie quotidienne, cette "séparation" forcée a marqué en secret le destin de chacun des enfants cachés en France, qu'ils fussent nés en France ou récemment immigrés, français ou étrangers. 

Etre français rescapé de la Shoah était une réalité difficile à admettre en Israël. En effet, la France était identifiée au pays des droits de l'homme, à l'Exodus et à l'aide qu'elle lui accorda, au combat commun durant la guerre du Sinaï, pendant l'expédition de Suez. Dans l'histoire des Juifs de France, il n'y a pas d'Anne Franck, ni de révolte du ghetto de Varsovie… 

Et pourtant ! La France fut le seul pays d'Europe occupée par les Allemands à jouir d'un gouvernement légal, non imposé par l'occupant, qui prit à son initiative des lois anti-juives, dont la police se chargea des arrestations de Juifs et dont les chemins de fer transportèrent les Juifs arrêtés dans des wagons à bestiaux. 

Mais c'est en France aussi que seulement un quart de sa population juive a été déportée (80.000 Juifs dont 11.000 enfants), alors qu'ailleurs en Europe, presque tous les Juifs furent exterminés. On le doit sans doute à ces "Justes parmi les Nations", reconnus par Yad Vashem à Jérusalem, que la France a voulu honorer en déposant une plaque au Panthéon le 23 janvier 2007, au cours d'une cérémonie de reconnaissance de la Nation à laquelle une délégation d'Aloumim a participé. 

Aloumim a voulu faire connaître cette ambigüité de la vie en France pendant la Shoah. En créant Mémoire Vive, un bulletin bilingue, français-hébreu. Puis en réalisant un projet d'enseignement de la Shoah en France dans les écoles israéliennes, agréé par le ministère de l'Education, doté de prix et attribuant des points de bonus au bac, projet financièrement soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.  Nous avons aussi découvert que certains de nos adhérents vivaient dans la précarité socio-économique et psychologique. Sur présentation d'un projet d'assistance, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah a bien voulu nous accorder son aide financière. Tout cela est l'œuvre de bénévoles. La date choisie par l'ONU (le 27 janvier), bien qu'il existe depuis 1952 une journée de la Shoah en Israël et dans le monde juif peut faire croire à une volonté délibérée de réduire l'impact de la Shoah et ne me paraît pas répondre à la question essentielle : Génocide versus Shoah. Le génocide est par définition l'épreuve visant à la destruction physique d'un peuple : Ruanda, Arménie, Darfour, et c'est de cela qu'il s'agit. Les Juifs aussi ont subi dans leur histoire des tentatives de génocide, de destruction physique : la déportation à Babylone, la destruction du second Temple par Titus, l'expulsion des Juifs d'Espagne, les pogroms de l'Est européen. 

Rien n'attentait à l'essence, à l'esprit, à la croyance, à la culture du peuple juif. Pour sauver son corps, un Juif d'Espagne pouvait abjurer et même devenir évêque. Pour conserver son âme, il pouvait fuir. La Shoah, événement unique dans l'histoire de l'humanité, au-delà de l'extermination des corps et afin de réaliser sa finalité, se devait d'extirper l'esprit, la culture, la croyance des Juifs. C'est en cela que la Shoah est unique. On ne saurait la confondre avec les génocides. Il n'en demeure pas moins que les Juifs se doivent d'être au premier rang dans la lutte contre tous les génocides. En manifestant aussi le 27 Janvier, jour de la libération du camp d'Auschwitz, ils se souviendront de tous les déportés dont beaucoup étaient juifs, et dont peu d'entre eux ont survécu. 


Le Dr. Israël Lichtenstein est Président d'Aloumim. Aloumim est une association israélienne des enfants juifs cachés en France pendant la Shoah.

Publié dans Antisémitisme

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